La femme voilée

Avec force et volonté, il a érigé de ses bras musclés les mûrs de son palais. Dressés tel des remparts, rien n’est laissé au hasard. Rien ne peut pénétrer ou filtrer. Tout est bien pensé, cloisonné, verrouillé, et parfois même, fermé à clé.

Seul l’appel à la prière transporté par les vents peut traverser. C’est ainsi seulement que de l’intérieur elle peut se relier.

Ce labyrinthe elle a su l’apprivoiser pour mieux l’habiter. Un jardin au centre de cette tour carrée, elle a planté. Semer, bêcher, désherber, arroser, telle est sa destinée. Prendre soin de sa terre. Celle sur laquelle elle est enracinée. Celle qu’elle a pour mission de faire fructifier.

Elle sait aussi rire et pleurer. Danser et chanter. Cuisiner. Laver. Trier et jeter. Embrasser et caresser. Aimer. Méditer et prier.

Nulle fenêtre pour regarder, pour s’éparpiller ou se disperser. C’est uniquement vers son foyer qu’elle a le regard tourné pour ainsi entretenir la flamme de ce cœur qui ne demande qu’à être aimé.

C’est ici qu’elle va cultiver son jardin intérieur. Et c’est seulement voilée qu’elle a le droit de s’en aller pour chercher des denrées. De quoi nourrir et alimenter son bien-aimé. Lire la suite « La femme voilée »

Le marchand de ballons

J’ai toujours été fascinée par le marchand de ballons du zoo. Celui qui est toujours là, à côté de sa petite maison en bois avec ses barbe à papa et son bouquet de beaux ballons qui flottent dans le ciel. Des hauts et des moins hauts, ils me font rêver comme si les attraper pourrait me faire voler.

Pendant de nombreuses années, j’ai entretenu de multiples relations. Toutes ensemble, toutes à la fois et au même niveau, quasiment. Comme une boulimie de l’autre. Comme si m’accrocher à eux me permettait alors de tenir debout. Accrocher à chaque fil et marcher ainsi en équilibre. Un équilibre fragile, précaire dépendant des vents et des tempêtes, du bon vouloir des uns et des autres. Et puis brutalement je suis tombée et certains fils se sont cassés car tous ces fils je ne pouvais plus tenir. Trop lourd, trop nombreux, trop…trop…C’était trop.

Je ne pouvais plus, je n’en pouvais plus. C’est peut-être à partir de ce moment là que j’ai compris que dans une relation il faut être deux. Et que chacun a sa part de responsabilité. Que j’ai besoin de l’autre pour répondre à l’autre bout du fil. Chacun a son bout et la seule partie sur laquelle je puisse agir c’est la mienne. Mon bout. Lire la suite « Le marchand de ballons »

Fécondité

Elle est devant moi, avec son très gros ventre, à la caisse livraison de mon supermarché habituel. A la taille de son caddie je devine que ce n’est pas son premier enfant.

« – C’est votre combientième ?

– 10ème ».

Silence. Respect Madame.

Le 10ème enfant. L’ainé a 12 ans et le dernier 18 mois. Non ce n’était pas un rêve de petite fille, en se mariant elle en voulait trois. Et puis la vie a fait le reste, enfin presque. Si elle est aidée, oui, juste quelques heures de femme de ménage et une jeune fille au pair. Pas besoin de plus, voyons, les ainés s’occupent des petits.

Encore un peu abasourdie, je la félicite pour cette jolie PME et nous nous quittons.

Quelques temps plus tard, alors que je sens naître en moi une fécondité nouvelle, je repense à cette femme et plus généralement à la fécondité.

Sans doute évidente pour la femme, c’est au cœur de la maternité que cette fécondité vient en général dans un premier temps s’exprimer. Pour le couple aussi comme une nécessité, un besoin de procréer. Comme une évidence et quelque chose de naturel qui vient alors se complexifier quand la vie en a décidé autrement.

Repenser à cette femme soulève chez moi la question de cette fécondité à réinventer. Pour la femme et pour le couple. Alors que parfois il peut-être plus facile pour certaines et pour certains de continuer à procréer ? Car il est vrai que lorsque l’on a trouvé les clés, pour 9 mois c’est régler, et nous savons alors à quoi nous sommes appelés. Lire la suite « Fécondité »

La fée clochette

Mariages princiers, mariages royaux…ils se précipitent pour être aux premières loges. L’audience est au maximum, ils font la une des journaux des semaines avant, pendant et encore après…On ne parle que de la beauté de la robe de la princesse, du baiser…et chacun rivé devant son poste de télévision se prête à rêver, plongé dans ce conte de fée…le temps d’une journée.

Je n’ai pas besoin de suivre cette actualité pour m’imaginer des contes de fée. Car dans ma maison vit une fée. Ma bonne fée. Elle transforme mes filles en princesses, ma voiture cabossée en carrosse, mes emmerdes en opportunités, la lune en soleil, mes pleurs en sourire…avec sa baguette magique.

Et ce soir elle me fait chier !

Parce que je suis triste, parce que j’ai mal et parce que non, la vie n’est pas un conte de fée. Elle est dure, exigeante, tourmentée et les relations humaines sont compliquées. Et puis finalement cela ne se passe jamais comme prévu, c’est toujours autrement, et ma bonne fée, elle est super, mais elle est aussi super chiante avec ses belles histoires et sa façon de toujours, le quotidien, magnifier.

Parce que des histoires moches il y en a aussi, et qui sont vraiment moches et d’ailleurs il n’y a qu’à allumer son poste de radio ou la télévision pour les entendre et s’en abreuver. Mais ma bonne fée, elle est trop forte…car savez-vous ce qu’elle fait ? Elle n’allume la radio que pour écouter de la musique et danser, et dès qu’il s’agit des infos elle zappe et elle ne regarde jamais la télé…jamais et depuis toujours. Lire la suite « La fée clochette »

Les éléphants roses

C’est l’histoire d’une famille, d’une tribu.

Une tribu un peu spéciale, celle des éléphants roses.

2… 7… 14… 16…21… 37…54…74…

Imaginez un dortoir de lits superposés, dans un beau châlet en vieux bois couleur chocolat accroché à la montagne et enveloppé d’une épaisse couche de neige. Situé en contrebas d’une forêt, nous imaginons alors le loup roder, au point même d’entendre la neige crisser sous ses pas feutrés.

Il est encore tôt mais il fait déjà nuit noire car en ces jours d’hiver la nuit tombe vite. Nous sommes peu rassurés mais tout à coup nous l’entendons. Ses pas lourds font craquer les planches d’une échelle améliorée qui fait office d’escalier. Vite, vite, taisez-vous ! Il arrive ! Cachons nous !

Et nous glissons sous nos couvertures et nos édredons, tout excités.

Comme chaque soir, il démarre ainsi…il était une fois…l’histoire des éléphants roses…

Il est là, debout. Le silence est absolu. Une main dans la poche, l’autre caressant son large front dégarni puis sa barbe d’un jour grisonnante, il fait les cent pas. D’un pas tranquille et assuré. Au milieu de la pièce entre nos lits superposés.

Nous sommes tout ouïe et j’en ai des frissons. Lire la suite « Les éléphants roses »

Le coaching c’est du vent

Je suis en pleine campagne dans un coin perdu magnifique, en train de visiter l’atelier de mon cousin.

Il est « Maître ferronnier ». Quel beau nom ! Je suis charmée. Et également épatée par ce qu’il est en train de me montrer. Il a de l’or dans les mains.

Il fabrique des gloriettes pour orner les parcs des châteaux, des rampes d’escaliers, des balustrades…avec goût et authenticité. Il me montre tous ses outils pour dessiner, couper, tailler, sculpter.

Un art. Et je suis émerveillée.

Je sens alors monter en moi un certain désarroi. Moi qui n’ai jamais rien su faire de mes dix doigts. Qu’est ce que je fais moi ?… Du vent !

Je ne suis pas très enchantée de ma trouvaille ! Comme si cela faisait des années que je cherchais à matérialiser ce que je fais. Que ce soit concret, palpable et que je puisse l’expliquer aisément. Qu’il en reste quelque chose.

Peut-être d’ailleurs ce qui me pousse à écrire ? Comme pour laisser l’empreinte de ce vent quelque part.

Puis tout doucement je me mets à réfléchir sur le vent.

Après tout à quoi sert-il, ce vent ? Lire la suite « Le coaching c’est du vent »

Vivre seul

Très jeune déjà j’étais une amoureuse.

C’est seulement à 40 ans que pour la première fois je me retrouve seule et que j’éprouve ce besoin de le rester un temps, alors qu’il peut-être plus facile de me laisser aller à une nouvelle relation amoureuse. Car l’amoureuse est toujours bien là ! ;).

Je me souviens qu’à 20 ans j’avais des rêves de voyage au bout du monde, d’humanitaire, d’émancipation. Et puis, déjà très éprise, j’ai vite tout étouffé pour rester auprès de l’être aimé.

A 30 ans, grâce à la maladie, je découvre que je suis bel et bien seule, et pour toute la vie. Que même en étant deux, en étant aimée et entourée, il n’y a que moi toute seule qui puisse trouver les ressources pour guérir. L’autre, quel qu’il soit, ne peut rien pour moi. C’est à moi seule de traverser et de faire le chemin qui est le mien.

Découvrir peu à peu que je suis ma meilleure amie alors que je suis une adepte de la relation à l’autre, et que j’ai du mal à faire sans. Profiter et prendre du plaisir à être uniquement avec moi-même. Etre seule dans la relation à deux. Lire la suite « Vivre seul »