Le marchand de ballons

J’ai toujours été fascinée par le marchand de ballons du zoo. Celui qui est toujours là, à côté de sa petite maison en bois avec ses barbe à papa et son bouquet de beaux ballons qui flottent dans le ciel. Des hauts et des moins hauts, ils me font rêver comme si les attraper pourrait me faire voler.

Pendant de nombreuses années, j’ai entretenu de multiples relations. Toutes ensemble, toutes à la fois et au même niveau, quasiment. Comme une boulimie de l’autre. Comme si m’accrocher à eux me permettait alors de tenir debout. Accrocher à chaque fil et marcher ainsi en équilibre. Un équilibre fragile, précaire dépendant des vents et des tempêtes, du bon vouloir des uns et des autres. Et puis brutalement je suis tombée et certains fils se sont cassés car tous ces fils je ne pouvais plus tenir. Trop lourd, trop nombreux, trop…trop…C’était trop.

Je ne pouvais plus, je n’en pouvais plus. C’est peut-être à partir de ce moment là que j’ai compris que dans une relation il faut être deux. Et que chacun a sa part de responsabilité. Que j’ai besoin de l’autre pour répondre à l’autre bout du fil. Chacun a son bout et la seule partie sur laquelle je puisse agir c’est la mienne. Mon bout.

J’avais alors plutôt tendance à faire porter le chapeau aux autres quand la relation ne me convenait pas. C’était toujours la faute de l’autre, de l’amie, du mari, de l’entreprise, du patron. C’était quand même plus confortable et plus facile de critiquer que de me remettre en question.

Et bien oui, c’est un leurre que de vouloir changer l’autre. La seule personne sur laquelle je peux agir c’est moi. Et me voilà donc bien barrée ! Voilà que si je ne suis pas satisfaite, que si je veux que la relation évolue, je n’ai plus qu’à changer moi-même !

Je revois alors mon marchand, avec son grand bouquet de ballons à la main. Gonflés à l’hélium. Il y en a certains qui sont plus haut que d’autres. Certains très proches les uns des autres. D’autres plus éloignés. En fonction du vent et des saisons le bouquet n’est plus le même. Ceux qui s’étaient éloignés se rapprochent et vice et versa. Et puis de temps en temps, il y en a un qui s’envole… ou un qui crève.

Je vois alors dans ces ballons mes amis, ma famille, ceux qui m’entourent de près ou de loin. Au fil du temps mes ballons bougent. Régulièrement je dois remettre de l’hélium pour les nourrir, sinon le ballon devient tout mou. Et puis de temps en temps il y en a certains qui disparaissent pour laisser la place à d’autres…pour des relations vivantes.

Je suis comme le marchand de ballons avec mon bouquet. Ce bouquet dont la taille, la couleur et la hauteur ne dépendent pas que de moi mais qui ne peut exister et vivre sans moi.

4 réflexions sur “Le marchand de ballons

  1. J’aime beaucoup ce que tu écris. Changer soi-même, c’est extrèmement difficile car cela suppose d’accepter que l’on n’avance pas dans le bon sens. Et une fois qu’on accepte de changer, c’est un vrai chamboulement, tout tombe, qui nous sommes, pourquoi nous jouons un rôle… Mais, le mérite c’est de vivre sa vie et de prendre soin de soi. Et grâce à soi : d’avoir un bouquet plus garnie de ballons dans sa main. Mais tout ceci reste fragile, à nous de rester vigilant vis-à-vis de soi…
    Merci pour tes écris.

  2. J’ai toujours été convaincue que nous ne pouvons ni changer les autres, ni se changer soi-même…

    Il faut « faire avec » !

    Il s’agit donc de porter un regard différent et renouvelé – hors de tout jugement – sur autrui et sur soi-même, être à l’écoute de l’autre et de soi pour comprendre la signification de nos relations et de leurs vicissitudes…

    Comprendre ne veut pas dire accepter, bien sûr !
    Cela permet simplement d’être lucide et bienveillant…

  3. Porter un regard différent sur moi-même et être à l’écoute de moi-même a été un vrai changement pour moi. Je me voulais parfaite, je ne me donnais pas le droit à l’erreur, je devais réussir quoi qu’il arrive dans tout. Et un jour, mon corps m’a dit AIE, je ne l’ai pas écouté, soigner le mal par le mal… Sport, du sport pour avancer… Je pleurais : tant pis reprends toi, c’est passager. Mon mari voulait m’aider mais il finissait par me dire, je n’arrive plus à t’aider. Et ma fille pleurait de tout son être quand elle me voyait au plus mal. Et là, j’ai accepté de demander de l’aide, moi, une femme qui a toujours voulu réussir par moi-même. Et mon mari a eu peur de me perdre.
    Mais à partir de ce jour là, j’ai appris ce que c’était de s’aimer, de se respecter, de penser à soi, un vrai chamboulement. Je suis sortie de ce rôle qui m’a collé à la peau pendant 30 ans. Et mon mari m’a retrouvé avec mon humour, mon amour pour lui mais aussi une femme qui s’aimait plus, se respectait plus, qui acceptait de lâcher prise. Et merci à Christèle qui a été à un moment de ma vie l’hélium qui m’a permis de prendre encore plus soin de moi.
    Alors oui, j’ai changé et ce changement m’a été bénéfique. Et j’ai vu que ce changement a changé le regard des autres sur moi.

    • Bienvenue Claire et merci pour ton partage. Se faire aider c’est accueillir sa fragilité et donc son humanité. C’est dans ma vulnérabilité que je puise désormais ma force, grâce à l’autre qui me permet de voir ce que je ne vois pas, qui me permet de trouver les ressources en moi dont j’ai besoin pour continuer à grandir et à m’épanouir. Pour moi et pour l’autre. Bien à toi.

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