L’artiste, en coulisse #1

De l’autre côté de la scène il y a les coulisses. De l’autre côté de la lumière il y a l’ombre…

Ce matin là, après trois mois d’infusion, je me mets à mon bureau … Pour écrire. Par où je commence ? Par le début…

Mars 2017, deux mois après le TEDx Alsace.
Je lance en l’air, l’air de rien : « Je vais faire un spectacle, je pourrai fêter mes 50 ans à l’Olympia ! » Rires. Haha ! Elle est bonne celle-là non ?!

« C’est pour rire mon chéri ». Mais lui me répond « Elle est géniale ton idée ! »
« Oui on verra dans quelques années… ! » Aussi vite dit aussi vite enterrée. Mais elle… ne m’a pas oubliée.

Et quelques semaines plus tard, journée avec des Conférenciers Professionnels, Marie-Claude me présente Mehdi, Théâtre Apollo. « Christèle, je te vois bien jouer là bas. Mehdi je te présente Christèle. Je vous laisse … »

« Mais qu’est ce qu’elle raconte ? Je ne lui ai rien dit ! Comment sait-elle ? » La surprise fait place au sourire …. à la Vie… à ce que j’appelle les clins d’œil de la Vie.

Mai 2017. Visite de l’Apollo Théâtre. Je choisis une salle. La plus grande. Plus de 300 personnes. Celle dans laquelle je me sens le mieux !

En sortant du théâtre, j’entends en moi « mais t’es folle ! »

Septembre 2017. Je viens de passer trois mois en mode « infusion ». Avec Rainer Maria Rilke « Lettres à un jeune poète» que je mâche sans relâche… Trois mois de rumination intérieure. Quelque chose se trame, un travail intérieur subtil. Je me sens telle une vache ! Quelque chose en moi qui fait des ronds et des ronds, des spirales et qui prend de la place… beaucoup de place… Alors qu’à l’extérieur il n’en n’est rien. Je ne fais rien, ou presque. Si, je rumine. Ou plutôt ça rumine en moi et je suis très occupée par cette rumination…Une véritable gestation.

La fin de l’été est là.
Le théâtre me propose de jouer. En novembre. Novembre ? Mon ventre se contracte d’un coup d’un seul. Novembre ? Pas possible ?! Je ne serai jamais prête !
Ce sera mars et le 16 mars. Ouf ! Je me sens mieux.
Allez au boulot ! Lire la suite « L’artiste, en coulisse #1 »

Se mettre au monde #1

Tout a changé et rien n’a changé. Tout était là… Depuis de nombreuses années. Ce qui a changé c’est sans doute ma façon de les habiter. Des frontières que j’ai enfin su laisser tomber. Pour être une et multiple, au monde.

16 mars 2018. Ce soir c’est le grand soir. Ce matin je me réveille d’un bond, comme rarement, le coeur en fête. Je suis toute excitée !

Ce soir j’ai rendez vous. Un rendez vous spécial. J’ai organisé une grande fête, dans un grand théâtre. Je sais qu’ils vont être nombreux… Des jeunes et des moins jeunes, des proches et des moins proches, amis, famille, clients, pas encore clients (et peut-être jamais clients après ce soir ?) …. Inconnus. Certains m’ont vu naitre d’autres sont arrivés plus récemment, un magnifique rassemblement de femmes et d’hommes qui marchent avec moi sur ce chemin de la Vie.

Ce soir j’ai organisé une grande fête dans un grand théâtre. Je vais mettre au monde un travail de 9 mois… Que dis-je, un travail de 17 ans ! Ou peut-être même de 48 ans !

Ce soir je vais me mettre au monde.

Dans un théâtre, à côté de la Place de la République à Paris, j’ai réservé une grande salle. Chez Apollon ! Dans la plus grande salle (Je suis folle ! ;-)) Les rideaux sont rouges les fauteuils sont rouge. Ma nouvelle robe, aussi.

Ce soir je célèbre ma vie. Je célèbre La Vie. Je suis toute excitée… Et j’ai peur…Et j’y vais ! Le coeur en fête ! Lire la suite « Se mettre au monde #1 »

Changer de regard

Gare du Nord, je la raccompagne pour prendre son Thalys. Ma grande fille chérie. Nous profitons de nos dernières minutes avant de nous séparer pour retourner chacune à nos quotidiens éloignés.

Et lui là, il arrive, l’air de rien, le clochard. Et lui là, il vient me déranger, nous déranger avec son odeur puante, ses yeux vitreux et ses quelques mots qu’il peine à cracher tant il est dans un état d’ébriété … Pour nous demander ?… Je ne lui en laisse même pas le temps, tant mon corps hurle silencieusement « fiche le camp, laisse nous ! »

Je ne veux pas le voir ! Trop tard… Je ne veux pas l’entendre ! Trop tard… Je ne veux pas le sentir, trop tard aussi ! Il est bien là !…Mais rapidement il s’éloigne claudiquant… ouf ! 

Je n’en peux plus d’entendre leurs demandes et leurs plaintes quotidiennes, pas vous ? Les familles syriennes avec leurs cris et leurs pancartes, les musiciens qui s’improvisent et me cassent les oreilles, les conteurs de vies abîmées en désespérance… Taisez vous ! Laissez moi tranquille dans le confort de mes pensées avec mon silence, mes mots, le bien le beau le bon dont je cherche à nourrir chacun de mes jours. Allez travailler au lieu de quémander et cessez de me polluer ! Là maintenant, je veux juste profiter de ces dernières minutes avec ma fille, il n’est pas question de laisser quiconque me les voler !

J’entends alors la voix tendre et tranquille de ma chérie « Maman, je comprends que tu en aies marre, mais tu n’as pas le droit d’agir ainsi. Tu n’as pas le droit de l’ignorer. L’indifférence c’est la pire des choses. Il a besoin de se sentir exister, comme chacun d’entre nous, tu n’as pas le droit de le nier. Et tu ne peux pas lui reprocher tous les autres. Lui, tous les autres, il n’y peut rien.  Il est juste là avec sa vie compliquée avec laquelle il fait comme il peut et dont tu ne sais rien. Il demande juste de l’aide et tu n’es pas obligée de lui en donner. Mais juste au moins un regard… » 

J’ai senti comme une douce claque me caresser le visage… J’ai fait gloups… 

Depuis, ses mots m’accompagnent chaque fois que je les rencontre, les boiteux de la vie, ceux qui cherchent malgré tout une issue pour continuer à rester debout. Et je prête désormais attention à accepter de me laisser déranger dans ma vie confortable et aseptisée, le temps d’un regard, voire d’un sourire et parfois même d’une main tendue. Me laisser toucher par le beau le bien le bon en chacun d’eux, autant que possible, dans l’invisible aussi, le temps d’un regard. 

Pour accueillir leur humanité, juste la re-connaître, j’ai changé mon regard. Et ainsi me rappeler, que nous sommes égaux dans ce qui fait notre humanité, la fragilité. Inégaux dans nos capacités à trouver des ressorts pour nous relever de nos chutes, de nos traversées, plus ou moins douloureuses, plus ou moins nombreuses. Me rappeler enfin, que la vie ne tient qu’à un fil, parfois le fil d’un regard qui peut porter ou enfoncer. Et que je veux être de celles qui porte sur l’Autre ce regard qui aide à tenir debout.

Merci à toi, ma grande chérie, qui m’aide à garder l’oeil ouvert et le coeur tendre.

Merci à toi, l’Etranger qui vient me bousculer, ton cri vers moi m’aide à faire grandir mon humanité.

 

Photo Carnets de Pierre Deruelle 2014 « Clochard »

Quand la mort l’emporte

Sans crier gare sans dire aurevoir, elle est partie. Elle a quitté la vie elle a choisi la mort et pourtant … Elle avait des amis, elle était maman, elle était jeune, belle, rayonnante, elle aimait la vie. Et pourtant… la veille de la rentrée elle a choisi de nous planter.

Sans crier gare sans dire aurevoir elle a choisi la mort.

De celle qui tue, là, sans détours et sans retour… et qui nous laisse avec notre tristesse et notre colère…de ne pas avoir su entendre le râle de la plainte qui peu à peu étouffe, de ne pas avoir vu venir le venin de la mort peu à peu l’envahir… au point de l’emporter.

La veille de la rentrée elle s’est suicidée. Avec son franc-parler auquel nous étions habitués, cette fois-ci elle a dit « fuck » à la vie, ses ennuis, ses ennemis, ses soucis. Après avoir tant hurlé, c’est en silence avec un bras d’honneur qu’elle s’en est allée pour s’abîmer. Pour la vie.

Alors qu’elle nous donnait à voir sa lumière…c’est la nuit qui peu à peu l’emportait… éprouvée dans des combats qui l’ont menée vers le trépas. Mais nous, on la croyait, on la voyait forte et pleine  de vie ! Et pourtant…peu à peu elle s’enfonçait dans les ténèbres d’une mort assurée qu’elle a fini de choisir par épouser, à défaut de réussir parmi nous à exister.

Alors elle nous ramène elle nous rappelle les limites de notre humanité, la fragilité de nos âmes  souvent blessées qui ont besoin d’être aimées entourées choyées. De ces âmes que l’on croit fortes que l’on voit lumineuses, et pourtant ….Cela ne dure qu’un temps. Derrière la lumière rayonnante se cache souvent l’ombre menaçante. Celle qui fait peur et que l’on préfère taire. Car elle fait braire !

Que ta lumière continue à briller en nos cœurs endeuillés. Et que ta mort nous rappelle combien en nous, nous avons à nourrir le bon le beau le bien et la lumière. Pour éviter de donner à la mort le loisir de nous envahir au gré des tempêtes de nos vies …. Tapis dans l’ombre tu nous montres une fois encore qu’elle sait retentir sans prévenir. À nous de veiller pour rester animés.

Que ta lumière continue à éclairer nos vies … Que ta lumière continue à éclairer nos nuits.

 « Si j’ai occupé dans ta vie une place lumineuse, le sens de l’aventure est désormais de la remplir toi-même : sois ce qu’en moi tu as aimé, garde vivant ce que nous avons frôlé ensemble de plus haut ». Auteur inconnu.
Photo FesesiFeneni

Réinventer sa relation au travail

Suite « Retour du temps sabbatique »

31 décembre 2013. Fin de mon année sabbatique. Plus précisément, fin d’une année où le travail ne faisait plus partie de mon quotidien. Et demain j’y retourne. Enfin après-demain parce que demain c’est férié. Je n’ai plus de clients, ou plus exactement il m’en reste un seul. Plus de bureau. La seule chose que je sais c’est que je veux continuer à développer axcime. Comment ? Je n’en sais rien, mais différemment c’est certain.

Axcime a 8 ans. Les 7 premières années je les ai consacrées à me former, à apprendre mon métier et me professionnaliser grâce à une activité essentiellement tournée vers la formation pour cadres dirigeants au sein de grands groupes, sur des sujets variés comme le management, la communication, le développement personnel, la vente et la négociation. Et principalement en sous-traitance d’un cabinet de conseil. Axcime existe encore assez peu en direct face aux clients. Mais à la fin de ces 7 années, je sais que la suite sera autrement. En attendant je ressens un profond besoin de faire un stop. Pour une année destinée à « être » avec moi et ceux que j’aime. Voilà qui est fait, et maintenant j’ai besoin et j’ai aussi envie d’y retourner même si au fond de moi, j’ai peur !!! Lire la suite « Réinventer sa relation au travail »

Penser notre animalité

« Hommage à Voltaire ! »

Ce sont les philosophes Grecs et surtout Aristote qui a défini l’homme comme « un animal pensant ». Pour le différencier de l’animal. Et sans doute avons-nous vite oublié « animal » pour nous concentrer sur « pensant ». C’est ainsi qu’aujourd’hui, j’ai à coeur de rendre hommage  à Voltaire, celui qui a été pour moi le premier « maître » à me conduire vers ma nature « animale ». Du latin « anima » (Souffle, âme). De ce qui m’anime, me met en vie. 

Pendant plusieurs années j’ai résisté à une demande familiale, avoir un chien. Quelle idée ! J’avais déjà 3 enfants, c’était bien assez non ?! Et puis voilà qu’en changeant de vie professionnelle, de la banque aux relations humaines… J’ai lâché… et Voltaire est arrivé l’année du V ! Un magnifique Golden Retriever aussitôt aimé, à peine nos regards se sont-ils croisés. Et pourtant, pendant de nombreuses années, je n’y voyais que les contraintes, des crottes à ramasser, des gardes à organiser, des dépenses de nourriture et de vétérinaire, des poils partout et des pattes sales à nettoyer…et pour au moins 15 ans ! Bref, ce n’était pas pour moi. D’autant plus que je portais un regard plutôt critique sur les maîtres gâteux de leurs animaux, dont je ne comprenais pas comment ils pouvaient nourrir des sentiments aussi forts à l’égard de leurs bêtes, qui n’étaient pour moi que bêtes ! Et dont je ne supportais pas non plus de marcher sur des trottoirs salis par leurs excréments non ramassés par des maîtres que je jugeais alors tout aussi bêtes que leurs bêtes ! Le chien n’avait pas sa place en ville, le chien n’avait pas de place dans mon foyer, même si à l’époque j’avais un jardin. Et je préférais satisfaire la demande d’animal de mes enfants par des poissons rouges…qui mourraient régulièrement, et dont il était assez facile de se débarrasser en tirant la chasse d’eau ! Lire la suite « Penser notre animalité »