Maman poule démissionne

Roule ma pouleJ’ai commencé l’année dans mon lit. Non, je n’étais pas malade, je n’avais pas la grippe…pas encore. J’étais juste « épuisée ». Je le disais depuis quelques temps mais personne ne me croyait, forcément, j’avais toujours le sourire et je continuais à satisfaire les demandes de mon entourage, alors ce n’était pas crédible.

Mais ce matin là, après des vacances qui ne furent pas des vacances, parce que je n’ai pas respecté mon besoin d’intimité et de repos, je suis restée couchée. Un jour, deux jours…une semaine… Effectivement, le seul endroit où personne ne peut venir me chercher, c’est sous ma couette. Là, au moins, je suis tranquille. Enfin presque. Car cela n’empêche toujours pas mes poules de 19 et 16 ans de me demander « Maman, on mange quoi ce soir ? Il n’y a rien dans le frigo ! »… Me voir au lit et en pyjama ne les a pas du tout inquiétées tant elles sont juste concentrées sur…elles-mêmes !

Evidemment, je n’étais pas très fière de moi, la professionnelle de l’équi-vieS… au lit ! Vous imaginez ! C’est bien beau d’aider les autres à rester debout si moi-même je n’en suis pas capable…Et je dois aussi vous avouer que j’ai eu un peu peur…car ce chemin de l’épuisement je le connais que trop bien…et j’avais cette sensation d’un déjà vécu dans lequel je n’avais aucune envie de retourner…Ouf, ce n’était qu’une alerte, un signal pour me rappeler que oui je ne suis toujours pas wonder woman, et que je garde les stigmates d’une fragilité qui reste la mienne : le sur-engagement et la sur-adaptation. Mais heureusement il y a mon corps qui reste, lui, mon meilleur allié, pour venir me rappeler les limites de mon humanité. Là où j’ai progressé, c’est que désormais je sais mieux l’écouter et décoder ses messages. Bien avant de sombrer.

Mais cette fois-ci, c’est bien décidé, je ne vais pas attendre la prochaine fois d’avoir besoin de me mettre sous ma couette pour dire stop. « Maman poule » démissionne ! 20 ans qu’elle existe et qu’elle porte le fruit de sa portée (Et je compte la grossesse). 19 ans qu’elle est là, présente, d’un amour inconditionnel, contre vents et marées. 19 ans qu’elle accompagne, nourrit, soigne, écoute, console, range, s’adapte… répond aux demandes diverses et multiples. Plusieurs années déjà qu’elle demande et qu’elle répète inlassablement, d’aller faire les courses, de préparer un repas, de ranger les assiettes du déjeuner laissées en plan, de nettoyer la table après chaque repas, de ranger le beurre dans le frigo en remettant le couvercle, de faire la vaisselle quand on a préparé son déjeuner, de laver la plaque électrique pleine de gras quand on a cuisiné des steaks et des pommes de terre qui puent le graillon, de vider le lave vaisselle quand il est propre, de sortir les poubelles pleines…De ranger ses chaussures qui trainent au milieu du salon, de ramasser ses affaires de cours qui sont en plein milieu de la table de la salle à manger, de ranger le goûter pour que l’on puisse s’installer pour le dîner, de retrouver le bouchon du sucre en poudre, le couvercle du pot de nutella, de jeter les plastiques vides laissés dans le frigo, et d’y remettre les produits frais…de me rendre ma pince à épiler, mon vernis à ongle et ma brosse à cheveux qui ont disparu ! …Bref, je pourrais continuer la liste mais je vais m’arrêter là car cela m’épuise ! Et puis vous connaissez peut être, ou pas, ou dans un autre genre, tout cela par coeur.

Et cette fois-ci, maman poule n’en peut plus de ce quotidien qui concerne la logistique et l’organisation d’un poulailler, où elle ne réussit plus à faire respecter des règles de vies partagées. Elle n’en veut plus de partager la vie d’une communauté de poules qui n’en à rien à faire…car c’est tellement mieux de s’occuper de sa propre vie c’est à dire de ses amis, de ses séries à ne pas manquer, des sorties, de snapshat, d’instagram et des selfies…et parfois quand même de son travail …Oui, oui c’est tellement mieux.

Et alors ? C’est normal, non ? C’est moi la mère et c’est le rôle d’une mère, m’a dit l’une d’entre elles un jour…Et puis c’est de leur âge, j’entends autour de moi… « Ah ces ados égocentrés ! » Comme si c’était inévitable et inéluctable et à supporter, en attendant qu’ils daignent s’en aller pour prendre enfin leur responsabilité. Pour ma part, je ne vois aucune raison à continuer à accepter ce que je nomme de la maltraitance des enfants à l’égard de leurs parents, qui se doivent d’être là pour continuer à payer et à les alimenter sous prétexte qu’ils les ont mis au monde et que, parents, nous devons assumer.

A 16 ans on a le droit de travailler, à 18 ans on est responsable face à la loi et considéré adulte. C’est bon j’ai donné assez et il n’est pas question que j’y laisse ma peau. Maintenant c’est à vous de jouer ! Car moi aussi j’ai bien mieux à faire, d’autres sujets à m’intéresser, et je préfère mieux vous rencontrer dans d’autres lieux, dans d’autres cadres, pour mieux continuer à vous aimer…  Je ne suis pas une boniche ! J’ai aussi le droit et même le devoir de me faire respecter.

Alors je me surprends à rêver d’un petit endroit qui ne soit que chez moi. Suffisamment petit pour éviter de les tenter à venir trop longtemps y séjourner. Un endroit où lorsque je rentre le soir, je n’ai pas à me soucier de qui sera là pour le dîner ou pas…où je retrouve chaque pièce comme je l’ai laissée en partant le matin. Où chaque jour je choisis de dîner ou pas.. à l’heure qui sera la mienne sans me dire que le lendemain il y a école, qu’elles ont des devoirs et que je dois tout préparer pour les laisser travailler…Un endroit où je n’ai de compte à rendre à personne !

Je rêve d’un endroit à moi. Rien qu’à moi. Sans le « bordel » de jeunes adultes qui comptent encore sur une maman poule pour habiter et entretenir le foyer.

Et quand j’entends certaines mamans me dire que c’est quand même mon boulot, notre boulot, j’ai juste envie de les « égorger », et j’exagère bien sûr ! Car oui c’est mon boulot, mais c’est un boulot censé être partagé, l’histoire d’une co-responsabilité. Et pour ma part, cela fait de nombreuses années, trop nombreuses années, que j’assume ce boulot, comme elle disent, à temps plein ! Et cette fois-ci je mesure ce qui s’appelle l’usure. L’usure d’une maman poule qui elle aussi a ses limites.

Bon alors comment je fais maintenant ? Car c’est bien beau mais je ne suis pas prête non plus à les mettre dehors… ni à déserter…J’ai de la chance il y en a déjà une qui a pris son envol ! Mais comment faire pour les deux autres… J’ai bien pensé partir…pour leur faire vivre un abandon ? Un de plus ?

Et puis un soir…16 ans, elle m’annonce qu’elle n’a plus envie de vivre en famille, qu’elle n’a plus envie de vivre avec moi. Par crainte de me blesser, elle rajoute « Mais ce n’est pas contre toi maman, mais tu vois, je crois que j’ai déjà 18 ans dans ma tête, et je voudrais partir…en pension… »

Et à peu près dans la même semaine… sa soeur m’annonce que sa copine qui cherche un apart parce que ses parents divorcent, lui demande si elle ne voudrait pas s’installer avec elle….en coloc.

Alors là, je dis merci…Mes poules ! De m’amener des solutions que seule je ne trouvais pas. Oui, j’avais parlé de déménager c’est certain, oui, j’avais parlé de changement dont elles ne voulaient pas…mais je n’avais pas imaginé que d’elles-mêmes, elles allaient se mettre en route pour trouver ce dont elles avaient besoin, maintenant, sans moi.

Maman poule se sent désormais libérée ! Même si pas si simple, après toutes ces années de vie commune, de se séparer… à nouveau la tristesse est là, d’un chapitre de ma vie qui se termine…Mais la joie d’un autre qui s’ouvre m’envahit…La fin de maman poule, et de son poulailler, qui va désormais pouvoir prendre soin de la Mère Poule…ET… de son coq !

 

Photo : Ferronnerie d’art par MJ Quiard « Roule ma poule » 

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