Confession d’une conversion

La foi n’est pas une croyance, c’est une expérience.

Ce soir, il vient de m’annoncer qu’il me quitte. C’est fini. Oui. Fini. Trois mots qui mettent fin à une histoire de 20 ans. Je me suis mariée à 25 ans pour la vie, et j’ai construit toute ma vie sur mon couple et ma famille. C’était mon foyer, mon ancrage.

Alors, tout s’écroule. Ma vie, mon monde, mes croyances. Je sens le sol se dérober sous mes pieds, je suis perdue et anéantie comme si je venais de me prendre une batte de base ball sur le coin de la tête. Je n’ai rien vu venir ou je n’ai rien voulu voir venir. Il y a un divorce sur deux mais les statistiques ne m’intéressent pas tout comme les moyennes. Le divorce n’était pas pour moi. Je pensais faire partie de ces femmes que l’on ne quitte pas. Quelle arrogance !

Un tsunami.

Je suis au fond de mon lit et mes rendez-vous professionnels des semaines à venir s’annulent les uns après les autres. Comme une main invisible qui a pris les choses en main. Car je ne fais rien. Si, pleurer et me vider.

Pendant plusieurs semaines mon corps réagit violemment et réclame uniquement des compotes de pommes. Comme un pansement elles viennent tapisser un intérieur foudroyé. Sans doute un besoin d’avaler un peu de douceur pour apaiser.

Puis tout doucement quelque part en moi reprends le chemin de la vie…il y a mes 3 filles…et mon chien… et mes clients ! Alors chaque jour je me lève péniblement et je mets un pied devant l’autre, juste pour l’essentiel.

Je sens que je cherche une terre ferme surlaquelle poser mon pied, un ancrage, du dur, du solide. C’est alors que je retrouve « Jade et les sacrés mystères de la vie » de François Garagnon, offert par ma grand-mère il y a quelques années. Je lis et relis ces paraboles comme un besoin de les mâcher sans fin. Une soif, une faim de quelque chose. Quoi, je n’en sais rien. Elles me font du bien, m’apaisent. Je commence également « Le livre tibétain de la vie et de la mort » de Sogyal Rinpoché qui trône dans ma bibliothèque depuis quelques temps. Comme une bible il m’accompagne dans ma tourmente et dans ma traversée pendant de longs mois.

Un soir je me surprends à m’endormir en récitant un « Notre Père ». Habitude que j’avais lorsque j’étais petite fille. J’en parle à l’une de mes amies qui se fiche de moi : « Non Christèle ! Pas toi ! Tu déconnes, c’est juste pour t’aider à t’endormir ! »

Et puis voilà que je me retrouve à la messe. Un dimanche après l’autre. Je critique toujours autant mais j’y vais, seule.

J’en ai besoin, je m’y sens bien, entourée. C’est ainsi, et je ne me pose pas plus de questions que cela.

Pendant quelques temps je m’accroche tant bien que mal au mât de ce bâteau qui est en train de prendre l’eau, convaincue que je peux réussir, moi toute seule, à le sauver. Mais la coque continue de se remplir et je finis par accepter de lâcher et de sauter avant qu’il ne chavire. Eviter ainsi de sombrer et me noyer.

Accepter de divorcer pour sauver ma peau et éviter de crever. Pour préserver et ne rien abîmer d’une belle histoire qui aura duré, à l’aube de mes 40 ans, la moitié de ma vie. Rien je ne veux oublier, ni détruire, car ce serait alors me renier. Trois filles nous avons su créer. Et de moi, de nous, elles ont besoin pour continuer à s’élever. Je n’ai pas le droit de démissionner.

Quelques mois passent, et un jour, subitement et spontanément je décroche mon téléphone et j’appelle le monastère dans lequel j’allais réviser mes partiels lorsque j’étais étudiante. J’annonce mon arrivée pour le week-end suivant.

Et m’y voilà 20 ans plus tard, comme si c’était un retour à la maison, je m’y sens comme chez moi, rien n’a bougé et que c’est bon ! Elles sont toujours là, mes Soeurs, et elles m’accueillent les bras ouverts. Je retrouve une famille.

Je suis toujours pleine de résistances vis à vis de l’Eglise, de la religion…Le bouddhisme c’est d’ailleurs beaucoup mieux, concret et pragmatique et, cet été, c’est décidé, j’irai dans un temple bouddhiste…15 jours. Manger des herbes et méditer !

Parallèlement, je suis très gâtée par la vie. Des fleurs et des bouquets de fleurs en permanence car le tapis se déroule comme si cela devait en être ainsi. Je n’ai pas l’énergie pour faire la moindre démarche commerciale et le business continue et s’arrête quand j’ai besoin de me poser. Autour de moi la chaîne de l’amitié, les regards pleins de tendresse, la discrétion, le respect, le non jugement. Je me sens entourée et choyée comme dans un cocon. Ils sont là, pas loin si j’ai besoin, tout en respectant ma douleur et la solitude dont j’ai tant besoin. Le jour de mes 40 ans, je suis seule chez moi , 8h du matin la porte sonne, elles sont en bas avec des fleurs et le petit déjeuner, mes sœurs…de coeur !

Alors je me laisse porter par la vie et ses petits riens car de toutes les façons je n’ai plus d’énergie pour autrement. Je vis des petits miracles et des grands mystères chaque semaine…je remercie…qui ? Je n’en sais rien. Si. La Vie.

Et puis finalement, après avoir réservé 15 jours dans un centre bouddhiste je me ravise et je modifie mon planning. J’irai une semaine au monastère et puis une semaine dans un centre bouddhiste. Autour de moi, ils sont un peu fébriles à l’idée que je puisse me faire embringuer dans une secte…je me sens tout à fait en mesure de discerner. Je suis peut-être terriblement vulnérable et fragilisée mais je sens en moi quelque chose qui tient bien droit.

L’été arrive. Nous avons vendu la maison, signé les papiers du divorce, j’ai déménagé…je me sens si lasse, épuisée, vidée.

Me voilà dans mon monastère avec toujours mes résistances et en même temps toujours cette soif et cette faim…

Je me retrouve avec le catéchisme pour adultes entre les mains et la lectio divina pour apprendre à prier, chemin proposé par ma Soeur pour trouver des réponses à mes questions et me nourrir.

Et puis, je ne sais pas comment, un jour, à la chapelle, comme un voile qui se lève, je comprends, je vois…Tout s’éclaire. Ces textes me sont destinés, ils me parlent de moi, ils répondent à mes questions. Je suis profondément touchée.

Je fais désormais la différence entre la religion, les dogmes et la foi… Mes résistances lâchent et je m’abandonne et me laisse transformer par l’expérience.

Conseillée par l’une des Soeurs, je découvre aussi  » Catholique anonyme »  le témoignage de Thierry Bizot, un homme, un mari, un père, un chef d’entreprise qui raconte sa conversion. Je me retrouve, c’est aussi cela que je vis.

Cette terre que je cherchais pour m’ancrer, je l’ai trouvée, elle est en moi. Incarnée. Au plus profond de mon cœur, elle est là, elle a toujours été là et elle sera toujours là, j’en ai désormais la certitude.

Et je comprends alors seulement pourquoi j’ai traversé une tempête d’une telle violence au point parfois de me noyer. Je m’étais ancrée sur une terre où j’étais seulement co-propriétaire ! Une île flottante. Alors comment pouvait-il en être autrement ?

Aujourd’hui j’ai trouvé ma terre, celle qui quoiqu’il advienne demeure : une source en moi, inépuisable, d’un amour inconditionnel.

Je fais alors les ponts avec la psychologie des profondeurs, Jung et mon parcours de ces dernières années. Comme un puzzle ou chaque morceau vient s’imbriquer, se poser à la lumière de ce que je viens de vivre. Je relis alors cette première moitié de vie avec un regard éclairé, comme un chemin de croix où chaque fois je me suis relevée, guidée et portée.

Comment alors ne plus me laisser polluer et encombrer pour continuer sur mon chemin en  vérité ?  Avec humilité pour ainsi rester ajustée.

5 réflexions sur “Confession d’une conversion

  1. Bonjour Christèle,
    Quel long voyage et quel bel ancrage…Je suis très émue d’autant plus que nous partageons là encore de nombreux points communs
    Bravo en tout cas pour cette terre trouvée !
    A bientôt j’espère

  2. Christelle vous nous laissez un magnifique témoignage de vie et d’amour. Et la certitude que la foi n’est pas réservée à ceux qui souffrent, mais est un acte de joie à mettre chaque jour dans sa vie. Les religieux qui ont vécu une vie de service, de rencontre, de pauvreté gardent une joie profonde et un amour infini de la vie. Merci

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